Radia par Ahmed Benhima

Publié le par maryamchawki

Cette nouvelle est écrite par mon ami Ahmed Benhima un Safiot qui vit à El Jadida


Radia est une jeune femme d’un peu plus de trente ans.

               Je fis sa connaissance dans une exploitation agricole, où, jeune fille encore, elle travaillait comme  journalière pour vivre et venir en aide à sa vieille mère avec qui elle coulait une vie, en apparence simple, sans prétention et sans soucis.

      

        Mes visites au domaine  s’espacèrent  puis  cessèrent. Je perdis alors de vue  Radia et  restai sans nouvelles d’elle. Est – elle passée chez un autre exploitant ou a-t-elle changé d’activité ? Qu’importe ? Elle est certainement en course derrière un morceau de pain,  comme on dit.

     

        Une année et demie ou deux plus tard je la retrouvai, à nouveau, tout à fait par hasard.

     

        Elle a effectivement quitté l’exploitation en déclin et s’est convertie au ménage dans les familles. En peu de temps, elle a constitué une clientèle respectable qui profite, au possible, de ses services et supporte, à contrecœur, ses irrégularités.  Pour allonger la sauce, par exemple, elle perturbe le programme de ses tournées et met ainsi en rage les maîtresses de maisons. Elle invente des histoires pour les calmer, attend un peu et recommence. "Les temps sont durs", se plaît-elle à dire.

      

       Les mois s’écoulèrent.

       Puis, plus de traces de Radia. La course derrière le morceau de pain l’a sans doute emmenée  bien loin. A la vérité, ma course derrière mon propre morceau de pain ne me laissait le temps de penser régulièrement à personne et à rien  jusqu’au jour où je  la croisai, à nouveau par hasard, dans un magasin. Elle tenait un enfant par la main. "Il est, me dit-elle, l’aîné de deux autres frères".

 

       Elle devait être soulagée, heureuse pensai-je ! Le mariage, pour une fille, est normalement, l’aboutissement réussi d’un parcours, surtout quand il est couronné par la naissance d’un mâle, un héritier, même en désespoir certain d’héritage. Pourtant, Radia ne paraissait pas de cet avis. Son teint a perdu de son éclat et des rides précoces ont défait un peu son visage.

 

        Ses aventures matrimoniales sont, sur bien des points, identiques à celles de milliers d’autres femmes. Les siennes ont démarré dans un bain de quartier  et ont fini dans une mare de glue.

 

        Radia était une habituée de hammam Charrate. Il était  à une demi heure de marche, dans un quartier encore en chantier. C’est un bain qui offrait à ses clientes, une sorte de pack qui comprenait une longue séance de toilette suivie d’une séance de traitement de la rumeur. Ca soulageait leurs corps meurtris et  apaisait leur curiosité vive.  Radia y fit la connaissance de Tamou, une quinquagénaire qui l’inondait de ses éloges.

         

                « Tu es belle, adorable …  une abeille »

           «  Safia, l’épouse de Si Alami, dit que tu fais le ménage à la perfection, que Dieu te protège, elle dit que tu sors l’or de tes mains fines »

         

           A chaque rencontre, elle avait des éloges nouvelles pour Radia.

           

          Ses discours mielleux cachaient tout un programme d’abus et d’exploitations dont Radia n’était pas encore  consciente.

         

          En effet, Tamou qui présidait au destin d’une famille constituée de fils qui se mariaient et divorçaient au gré de leur fantaisie et de la sienne, de filles en attente de mariage et dangereusement impulsives, était à la recherche d’une jeune femme exploitable et corvéable à merci. Son choix fatal se porta sur Radia et dispensa, du coup, Zineb, une boulangère dont son fils Kacem s’était d’abord épris. Il faut dire que Kacem était en âge et en état de  s’éprendre  de n’importe quelle femme et qu’il ne lui déplairait pas  d’épouser  celles qui accepteraient de travailler  pour lui. Zineb avait déjà voué son cœur à un voisin qui attendait la régularisation de ses papiers en France pour la soustraire à sa misère. Elle n’avait pas donné de suites favorables aux insinuations de Tamou qui proclame maintenant, à chaque tournant, que cette fille sans origines n’est ni de son rang ni de son goût.

   

         « C’est un démon, un feu qui vole au ciel »

         « Elle vit dans la rue et dilapide  ses économies dans l’achat de bricoles en or, chaînettes, bagues ou boucles. Il n’ y a aucun bien à attendre d’elle »

       

        Cela signifie qu’il n’y a aucun bénéfice en perspectives, ni argent ni corvée.

      

       «  Au contraire, Radia   c’est la décence, l’honneur et l’œil baissé. »

       

       «  Tu es l’ange dont je rêve pour mon fils Kacem, renchérit-elle à la fin »

        

        Lasse de sa vie de célibataire, Radia consentit et devint l’épouse de Kacem. Celui-ci n’avait  pas de profession stable. Le plus souvent, il vivotait autour des maçons. Dans les nuages de fumée de ses joints, il projetait de créer une entreprise et de travailler pour son propre compte. Ses parents vendraient  quelques biens, il contracterait un crédit auprès d’une banque et il deviendrait riche. Radia croyait tellement à ce rêve qu’elle lui pardonna de ne lui avoir offert que sa masse et ses caprices. Elle  se mit même à en fabriquer d’autres.

 

        Lorsque Imad, l’aîné de ses fils naquit, l’entreprise n’était pas encore créée. Elle butait sur des obstacles.  La malheureuse comprit qu’elle devait reporter son rêve à un moment plus propice. Mais c’est dur de se remettre à trimer dans les maisons avec un enfant dans les bras. Aucun ménage ne veut  d’une employée accaparée par un bambin. Aucune femme ne veut et ne voudra d’un enfant étranger dans sa maison, avec son tribut de cris et d’agitations.

      

       Combien son rêve resterait-t-il suspendu ? Ne faudrait-il pas y renoncer complètement ? C’est le mauvais œil qui s’acharne sur son mari. En attendant, elle inventa une panoplie d’activités lucratives pour tenter de subvenir aux besoins grandissants et apaiser Tamou qui disait que Radia devenait fainéante et provoquait, de surcroît, ses filles toutes douces et gentilles. Son mari, par contre, développa le goût de la paresse et écouta son génie qui lui dicta de faire deux autres enfants, Walid et Moncef. Il les fit d’autant plus facilement que l’oisiveté donne le loisir nécessaire à l’œuvre et que Radia développe une allergie aux contraceptifs et au bon sens. 

         Quand Radia atteignit les limites de ses forces et de ses moyens, Tamou et ses filles  décidèrent de consulter une voyante qui doit sa réputation à son art de se prononcer toujours  dans le sens attendu par ses clientes.

            « Les pas de votre bru ne sont pas bénéfiques, je le vois bien dans le trait . Il vous faudra vous en débarrasser dans moins de deux mois et offrir un festin aux propriétaires de mes lieux. Lorsque l’an aura accompli une révolution entière, votre fils trouvera, pour lui, la fille bénie et la voie aux prétendants de vos filles sera libérée. Cette voie s’étend à ce que je vois, au-delà de la mer. »

          Cela signifiait, en clair, que la demande arriverait d’un eldorado qui s’appelle la France, l’Espagne ou l’Italie,  pays qu’elle ne situe nulle part mais d’où on rapporte de l’argent à souhait.

          Kacem n’eut aucun scrupule à répudier Radia, avec trois enfants au bras, d’autant plus facilement que toutes les lois auxquelles elle recourait étaient contournables. Il évoquait l’incapacité de subvenir aux besoins d’une famille si nombreuse.

       « Les circonstances sont défavorables pour mes projets et le destin d’Allah est invincible »

        Radia  croula sous son fardeau. Elle s’en voulait d’avoir épousé un ignorant et un incapable.

          Mais des connaissances l’ont aidée et embauchée dans une coopérative. Elle refait sa vie. Une certaine sagesse s’est emparée d’elle.

           « Le mariage, dit-elle, ne fait, chez nous, l’objet d’aucune préparation ou précaution sérieuses.  Qu’est-ce qu’on exige d’un prétendant ? Qu’il fournisse quelques papiers ? Il les fournit. Moins qu’on en exige pour un pèlerinage ou pour une autorisation de construire.»

         « Les enfants, c’est pas difficile à faire. Ce qui est difficile c’est de sentir que ce sont des bouts de chair taillés  dans notre propre chair. »

         « Si je faisais la loi, je n’autoriserais aucune union sans ce sentiment »

           «  Mais il y a une moudawana, Radia !»

         «  C’est quoi ça ?  Et est-ce qu’elle parle de ce sentiment ? »

         « ???? »    

 

                                                          Ahmed  Benhima

                                                Fait à El Jadida, le 05/01/2009

Publié dans Atelier d'écriture

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boughaba 01/02/2009 14:39

Bonjour, C'etait vraiment une magnifique chansson qui décrit  l'hecatombe et la boucherie commise par les criminels israilians,en m^ temps ,elle montre la solidarité du corp artistique occidental.en revanche,le monde arabe et musulman est abscent ,comme  s'il n etait pas conserné. A vrai dire,It's the best song for Gaza. je te remercie   d'avoir me donner la chance de l'écouter.

Anouar 18/01/2009 20:37

Salutc'est bien ce que tu fais, mais n'est il pas temps pour toi de nous éditer un livre qui est le fruit de toute ta carrière?

maryamchawki 21/01/2009 00:42


Merci Anouar, j'éditerai inchalah un livre mais ma carrière vient tout juste de commencer, et pour avoir le fruit de toute ma carrière, comme tu dis, il faut attendre encore quelques années.